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Pérou 2008-2013 Voyages… Bernard Bettens EP1

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Pérou 2008-2013 Voyages… Bernard Bettens EP1

Message non lupar dendro59 » Lun 18 Nov 2013, 22:15

[size=150]EPISODE 1

J’ai maintenant 75 ans. Entre 2008 et 2013, j’ai eu la chance de faire plus d’une dizaine de voyages au Pérou, chacun dans le but de découvrir de nouvelles grenouilles ou de nouveaux morphes.

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Ces voyages n’auraient pas été possibles si Marc Pepper, mon gourou

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et Manuel Sanchez mon ami

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ne m’avaient pas littéralement traîné avec eux. Je leur dois tous ces émerveillements. Mais je comprends toujours mal pourquoi ils s’encombrent d’un vieux sans dessein comme moi, ni décoratif, peu jasant, ni même très intéressant.

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Après réflexion, je pense qu’ils me prennent avec eux uniquement pour pouvoir se moquer de quelqu’un.
Les très vieux péruviens n’ont pas de cheveux blancs et dans les villages éloignés de la selva, les enfants n’ont jamais vu d’étrangers. En me voyant arriver avec ma tignasse et ma barbe blanche, ils se mettent parfois à crier : Papa Noël, Papa Noël! Mes deux prétendus amis que j’accompagne rient alors comme des bons et lorsque l’on revient en ville, leur sport préféré consiste à m’appeler Papa Noël et ceci particulièrement quand passe une jolie fille. Et j’haiiiiis ça. Et plus j’haiiiis, plus ces deux petits cons-là rient…
Mais je vais me venger, lors de ma prochaine tournée à Noël, je vais les barrer de ma liste et passer tout droit sans m’arrêter devant leurs deux cheminées.

Et maintenant, si l’on parlait grenouilles …

aéroport d’Iquitos, cet avion confisqué à la contrebande il y a plus de dix ans servait au transport de la cocaïne, depuis il pourrit  sur place,.JPG


J’ai arrêté de parler de mes voyages en 2008 pour des raisons de discrétion. Nous faisons de gros efforts pour découvrir de nouvelles grenouilles. Mais il suffit de publier une photo et une indication géographique pour que la contrebande se mette immédiatement en action et que la bête qui n’a encore ni nom ni nomenclature arrive trois mois plus tard en douce en Allemagne. Pour illustrer cela, je vous raconterai un jour la très triste histoire du bénédicta. Par ailleurs, j’ai rencontré un jour le propriétaire d’une auberge pour touristes fortunés, située au cœur de la selva.

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Celui-ci reçoit régulièrement des offres de « doctors » allemands lui demandant des photos de toutes les ranitomeyas de son territoire. D’autre part le Pérou n’est pas le Panama, on ne récolte pas les ranitomeyas comme on cueille des fraises. Quand on en trouve dix dans une journée à cinq chasseurs, c’est une journée dont on se souvient.

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Notre voyage de 2008 a un peu contribué à bouleverser la classification des « dendrobates » jusqu'alors en vigueur.

les transports se font en camionnette derrière les bagages une planche de bois pour asseoir les passagers importants et le reste de la boîte pour les autres Mark Manuel et Johanna 1.JPG


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Cette année-là, nous avions préparé, pleins d’espoir une expédition dans la sierra Sira à la recherche du mythique sirensis. À cette époque-là, tout le monde voulait s’accaparer de ce sirensis, belle grenouille verte et rouge dont on n’avait trouvé jusqu’alors que deux exemplaires. Ce fut un de mes plus beaux voyages. Nous sommes partis de Puerto Inca qui est déjà au bout du monde avec quatre-cinq accompagnateurs américains qui portaient chacun sur leur dos une succursale Nikon au grand complet, aidés par sept-huit habitants du village. Le trajet est rude, douze heures de marche dans la montagne, trois rivières à traverser.

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Au cours de la dernière moitié, dans la forêt, on ne distingue plus la piste. Mais au bout du chemin, la gloire nous attend! Les américains traînent de la patte derrière pendant que les porteurs eux traînent … les bagages des américains. Et quand un « mononcle » Sam s’en va-t- en guerre, des bagages…
Les périodes de repos se multiplient et s’allongent. Je perds patience et demande à Marc de m’attribuer un porteur pour pouvoir filer tout seul en avant.

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Le but final est une ancienne plate-forme abandonnée qui servait aux hélicoptères d’une compagnie pétrolifère canadienne. Elle a été ensuite squattée par Don José, un chercheur d’or, vrai macho, mi diable, mi ange qui y a construit une case et qui cultive pêle-mêle coca, marijuana, bananes, yucca et piments dans ce trou minuscule au milieu de la forêt. J’arrive sur les lieux vers les cinq heures, suivi de très près par Manuel Sanchez et deux des porteurs. C’est pour moi un grand plaisir de me retrouver seul avec Manuel dans ce coin perdu.

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Le terrain dégagé est coincé entre la paroi que nous venons de dévaler dangereusement et un cours d’eau moitié torrent, moitié rivière avec des berges d’un beau sable blanc dans lequel José essaie chaque jour de trouver son or!

Comme d’habitude, Manuel ne prend pas le temps de souffler. Il a entendu dans la paroi le chant d’un sirensis et se met à la chasse aidé des porteurs. Moi qui suis sourd, je fais comme d’habitude, j’attends en bas et je les regarde. Dans un xanthosoma, Manuel capture assez rapidement un couple de ranis qui oh! surprise est composé d’un mâle lamasi et d’une femelle sirensis. Le lamasi est tout à fait un vrai lamasi, noir et jaune et la sirensis a les pattes vertes et deux petites lignes noires sur son dos d’un beau rouge. Quelques moments plus tard Manuel trouve un superbe mâle sirensis rouge et vert, cette fois-ci sans aucune trace de noir. Celui-ci fait la cour à un groupe de femelles lamasis classiques. Nous commençons à comprendre que notre saint Graal, le « mythique » sirensis n’est en fait qu’un vulgaire morphe de lamasi.

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Imaginez notre déception! Moi qui pensais que la célébrité allait enfin s’abattre sur moi!

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Les autres membres de l’expédition qui ont dû coucher en forêt arriveront le lendemain. Il s’est mis à pleuvoir, Nous resterons trois jours à explorer et à chercher d’autres sirensis sans aucun succès. Sous la direction de Mark l’infatigable, nous fouillons avec soin les deux rives, il n’y a pas de xanthosomas et pas trace de rani. Je débusque un gros cochon sauvage qui malheureusement échappe à la vieille escopette de José. Un peu plus tard, en aparté, il me montrera, signe de grande confiance, dans une minuscule éprouvette, sa récolte d’or. Il y en a sous forme de poudre fine et brillante pour 70 soles, soit près de 25 euros. Aujourd’hui encore, je regrette de ne pas lui avoir acheté ce trésor. Ce serait en même temps un nostalgique souvenir et comme une espèce de trophée…
Faute de trouvaille, les américains se jettent sur les deux seuls pauvres sirensis trouvés et font des milliers et des milliers de photos, grand bien leur fasse! Autour, la forêt est vraiment vierge et chaque tronc est un véritable terrarium. Ce sont trois jours à bouffer exclusivement du riz et comme il pleut sans arrêt, à marcher dans la boue.

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Les porteurs qui eux n’ont rien à faire sont comme des enfants en excursion scolaire et se tiraillent à journée longue sur le plancher de la case. Heureusement le dernier jour, José réussit à tuer un majaz et les porteurs ramènent enfin de la rivière une cinquantaine de petits poissons ronds et brillants qui une fois frits sont délicieux.
Il ne nous reste plus qu’à rentrer tout déçus. Les américains qui ont compris que l’on ne badine pas avec la forêt sont plus vaillants et plus rapides qu’à l’aller, je dois m’accrocher cette fois-ci pour les suivre. À mi-parcours il y a un petit hameau sympathique, on s’arrête pour se reposer, immédiatement entourés par tous les enfants qui recommencent avec leur foutu Papa Noël! Très fâché, je leur explique le plus sérieusement possible qu’ils n’auront aucun cadeau à Noël cette année, mais je ne suis pas sûr qu’ils me croient vraiment. Ces jours-ci, c’est pour eux une vraie fête : le seul instituteur du village a reçu sa paie il y a une semaine et depuis est parti pour Pucallpa, la grand ville, faire lui aussi la fête! Il reviendra quand il n’aura plus d’argent…



Dans les alentours de Puerto Inca, on rencontre une grande variété de lamasis. Je me souviens particulièrement d’un spécimen dont le dos rouge était parsemé de points noirs. Une grenouille coccinelle!

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En traversant les pâturages qui sont en fin de parcours je remplis une fois de plus ma chemise et mes pantalons de ces maudites garrapatas, j’en aurais pour trois semaines à me gratter et à souffrir…C’est une sorte de tique qui s’accroche sous la peau et reste là quelques jours jusqu’à ce qu’il soit repu. Comme je suis allergique, cela se transforme chez moi en éruption vésuviennes

En revenant au Canada, Mark prend contact avec Jason Brown et Evan Thomey pour leur conter notre mésaventure et notre malchance. Les deux avaient déjà de sérieux doutes au sujet du sirensis. Notre découverte va les conforter dans l’idée d’établir une nouvelle classification et c’est ce qui m’oblige moi, par solidarité à tenir toute cette histoire secrète avant la parution complète de leurs travaux.
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